un chant d’os et de peine

Je franchis le portail.

Les muscles sont froids; engourdis par une journée de bureau, il peinent à se réveiller lorsque je leur lance l’injonction de s’activer. Il portent en eux la séance effectuée la veille.

Mes articulations grincent lorsque ces mouvements plus actifs les mettent en branle. De petites résistances se créent, et éclatent comme des bulles de savons à mesure que le corps tout entier s’échauffe.

Je trottine sur le bicouche, l’herbe est haute sur le bas-côté. Fauchage tardif, c’est le bonheur des insectes. Dans la garenne, les lapins s’égaillent à mon passage.

La douceur du soleil fait poindre une rosée de sueur sur mon front. Peu à peu les mouvements se font plus légers. Je trouve mon allure de confort alors que j’arrive dans la forêt. Alors que je ne pensais qu’à mon corps, je l’oublie maintenant tout à fait.

Sous les frondaisons, on trouve la fraîcheur. Une coupe a eu lieu, les troncs sont sur le côté du chemin forestier. De part et d’autre, des sentiers partent comme autant de destinations possibles, d’affluents à remonter.

Je fais mon choix, ce sera une belle pente un peu oubliée dans laquelle je dois repasser en marche active. La fréquentation est faible : je dois enjamber des troncs, traverser de jeunes plants de myrtilles et me baisser pour passer sous des branches basses. Le souffle court et les cuisses dures, je travaille à mon ascension.

Au sommet, un cairn de roches gréseuses est érigé, comme un chant silencieux qui parle d’os et de peine.

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