le triathlon : un cadre au-delà du sport

On ne vient pas au triple effort pour son côté ludique et festif, mais plutôt parce qu’on s’est fixé un défi. Affronter la bagarre d’une natation en eau libre, pousser fort sans draft en vélo et brûler les derniers stocks de glycogène sur la course à pied, ce n’est pas un programme très amusant de prime abord.
Contrairement aux sports collectifs (tout le monde : « allez viens, on va taper un foot »), le triathlon n’offre pas d’amusement immédiat (personne, jamais : « allez viens on va rouler, mais tu restes à au moins 7m de distance pour ne pas m’abriter »).
Et pourtant, l’ambiance est très fun sur les courses.
En choisissant un sport difficile, les pratiquant acceptent de travailler sur eux-même. Le triathlon est un solide vecteur de développement personnel. Il pousse à la mise en place d’un système d’amélioration continue : en ayant un regard critique sur sa pratique, il permet de progresser dans un nombre impressionnant des secteurs de sa vie, pour réaliser son potentiel.

Humilité

Comme dans tous les sports d’endurance en général, mais peut-être poussé à son paroxysme par l’enchaînement des disciplines, le triathlon est peuplé de mutants aux capacités de vitesse, de dureté au mal et de régénération exceptionnelles.
En terme d’entraînement, la monomanie n’est jamais bien loin et quelque soit le volume, on trouvera toujours quelqu’un qui s’entraîne plus.
De sorte qu’atteindre un niveau moyen pour le sportif lambda demandera déjà un investissement important. Il est inutile de regarder vers les places d’honneur, elles ne seront jamais atteintes (sauf peut-être un jour lointain, en catégorie d’âge 80-84 ans…).
En évacuant d’emblée la question de la victoire, le tri permet de se focaliser sur sa propre progression, et à trouver son plaisir uniquement en celle-ci.

Responsabilité

Pas de drafting, pas de ravitaillement en dehors des zones prévues à cet effet, pas de dépannage en vélo : l’assistance est interdite en compétition, le règlement nous renvoie à notre responsabilité pleine et entière.
Nutrition, stratégie de course, équipement, dépannage, il n’y a pas de coéquipier sur qui rejeter la faute, c’est à nous d’assumer la réussite ou l’échec d’une course.
A part peut-être cette cheville un peu douloureuse par temps frais, ou ce shifter récalcitrant… Ou ces maudites pâtes carbonara qui ne passent pas…

Gestion de projet

Pour réussir une belle compétition, il est important de planifier la montée en charge de manière progressive en intégrant toutes les phases (développement général et spécifique, affûtage, pré-compétition, compétition puis transition).
Se fixer des objectifs intermédiaires réguliers au travers d’indicateurs pertinents permet de valider la progression et de corriger la trajectoire/l’objectif final en fonction des ressentis.
Sans une vision générale traduite par un plan d’entraînement auquel on adhère, on a beaucoup de mal à trouver la motivation pour aller se faire mal sur du fractionné. Si l’on n’a pas planifié, comment savoir si l’on en fait trop ou pas assez? Sans ligne directrice, on se laisse porter par le flot (qui s’apparente bien souvent pour moi à un 50’ footing souple ou à une belle série de 400 crawl avec pull-buoy).
Enfin, il faut penser à construire un projet cohérent sur le long terme pour ne pas voir s’effondrer la motivation après un objectif réussi. La réalisation de son potentiel est à ce prix.

Connaissance de soi

Le triathlon nécessite une implication importante, voire une approche holistique quand il est pratiqué à des fins compétitives. On peut s’entraîner 20h par semaine, si derrière il n’y a pas un socle solide permettant d’amortir ce stress infligé au corps, tôt ou tard on arrivera à un point de rupture. Cela va d’une bonne alimentation qui va permettre de soutenir l’enchaînement des entraînements, à s’assurer d’un sommeil suffisant et de bonne qualité permettant de récupérer, et une analyse nécessaire sur les sensations ressenties à l’entraînement pour valider/infirmer la programmation réalisée.

Engagement

Pour atteindre le niveau de forme souhaité, il est important de pratiquer de manière progressive et régulière (quotidienne voire biquotidienne). Il faut intégrer le sport comme étant une habitude, une disciple à imposer à sa vie.
On ne questionne plus l’existence de la séance (dois-je aller courir?) mais uniquement son contenu (VMA? un bon vieux seuil long? endurance fondamentale? séance de côte?).
Lors de certaines phases, il est même nécessaire d’apprendre à gérer son ennui. La sortie de 3h en i2 en hiver, c’est de toi que l’on parle.

Priorisation

On ne peut pas tout avoir, je l’ai souvent remarqué. Samuel Beckett

En partant du postulat qu’il est nécessaire d’effectuer environ 3 entraînements hebdomadaires par discipline pour progresser, on arrive à 9 entraînements hebdomadaires, soit une base de 6 à 7h au minimum.
C’est la magie du triathlon (et surtout des sports portés) : quand on vient de la course à pied par exemple, 6 à 7h représentent la fourchette haute des volumes d’entraînement (on parle d’environ 80k/semaine, une bonne moyenne pour préparer un marathon). C’est le moment où les cyclistes et les nageurs rient, avec leur volume horaire d’aliens.
En triathlon, 6 à 7h c’est une base minimale, cela peut être évidemment beaucoup plus, mais pas moins si l’on se place ailleurs que dans une pratique purement récréative. Par ailleurs, l’alternance des disciplines permet d’arriver à ce volume plus rapidement qu’en course à pied, avec un risque de blessure bien moindre.
La corrollaire est que pour placer toutes ces séances, il est impératif de mettre en place une solide organisation, d’identifier les horaires possibles, et de réfléchir aux priorités que l’on souhaite donner à sa vie.
Cela implique d’identifier les créneaux dévolus aux choses plus importante que le triathlon (il y en a), et à y mettre l’intensité nécessaire pour permettre de dégager le temps nécessaire à l’entraînement. C’est mettre le sport à un rang d’importance qui lui permette de ne pas faire l’objet d’arbitrage défavorable trop souvent, ou de s’organiser pour ne pas se mettre en positon d’arbitrage (ie : se lever à 5h du matin pour faire sa séance avant que la journée « normale » ne débute).

Méditation

La nécessité d’acquérir la bonne technique en natation impose une concentration sur l’instant présent. Il faut se focaliser sur la parfaite exécution d’un geste répétitif en veillant à ressentir la position de son corps dans l’élément aqueux.
En vélo ou à pied, les longues sorties en endurance sont au contraire le moyen de laisser son esprit battre la campagne (mais rien n’empêche de se concentrer tout de même sur la fluidité de son coup de pédale de temps à autres).

Le temps long

Après l’exaltation de la progression rapide lors des premiers mois de pratique, l’amélioration devient plus lente, plus erratique. C’est aussi là où cela devient intéressant. Il faut prioriser les axes de progrès, par discipline ou par allure spécifique, essayer des choses (les fameux gains marginaux), mettre en place des routines permettant de viser la réussite sur le long-terme.

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