Les émois de l’enclume

La natation est sans doute le sport le plus ingrat des trois nécessaires à boucler un triathlon. Ou peut-être ai-je simplement plus d’appétence pour les deux autres disciplines?

En vélo, borner suffit souvent pour se construire un semblant de forme. Le triathlète évoluant par définition seul, il ne lui est pas forcément nécessaire d’apprendre à tenir sa ligne, à évoluer en peloton et à lire des stratégies de course. Il lui faut envoyer des watts et gérer son effort en solitaire. Pour la course à pied, c’est la même chose. Pas de sprint, que des distances allant du 10 au marathon. La qualité de pied peut être immonde après le vélo, tant pis il faut rallier la lignée d’arrivée. La technique est un plus certain qui facilite l’économie de course, mais pas un fondamental imposé. Dans ces deux disciplines, on arrive à sortir des temps permettant d’être dans le premier tiers du classement sans un travail de technique rigoureux (ensuite pour progresser dans ce premier tiers c’est une autre histoire…).

En natation, c’est l’exact contraire. Sans technique, on s’asphyxie en produisant l’effort et la résultant est que l’on n’avance pas. Il faut accepter de travailler son mouvement, et pas un mois dans l’année mais à chaque fois que l’on entre dans le bassin. C’est accepter d’aller lentement pour pouvoir aller plus vite ensuite. Comment un mouvement si simple d’apparence peut-être aussi compliqué à maîtriser?

Il y a tellement de paramètres à vérifier constamment : tenir l’horizontalité, respirer tous les 3 mouvements, gérer le roulis, tenir le coude haut, regarder vers le bas, surveiller que le bras reste dans l’axe, gérer la culbute, le battement de jambes doit partir de la hanche et pas du genou, et voilà que je suffoque et bascule en respiration 2 temps. Raté. Ajoutez à cela une eau trouble, Serge le Silure et l’orientation nécessaire pour tenir la ligne la plus directe prochaine vers la prochaine bouée, et ça donne un classement dans le deuxième tiers à la sortie de l’eau à chaque compétition. Poser ses appuis, réfléchir à chacun de ses mouvements. Ressentir la glisse.

Finalement, mon vrai problème est d’être obligé d’être à l’écoute de mes sensations. Et ça, pour un type qui compte beaucoup trop sur les chiffres que lui renvoie sa montre, c’est très difficile, frustrant et déroutant. Dans les autres disciplines, je peux me délester de tout ça avec quelques gadgets technologiques et un peu de volonté. En natation, je peux appuyer plus fort… mais alors pas très longtemps.

En attendant, je multiplie les aller-retours en comptant les carreaux (et les coups de bras), et ça au minimum trois fois par semaine.

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